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Update : 10/21/2017
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POINSIGNON (A.) - A propos d'un petit ensemble de bractéates alsaciennes...

Nous avons acquis il y a quelque temps un petit lot constitué de 20 deniers ou pfennig alsaciens. La personne qui nous les a vendus, d'un certain âge déjà, nous a affirmé les détenir de famille.
L'homogénéité de cet ensemble laisse à penser que ces monnaies constituent une petite trouvaille ancienne pouvant remonter au début du siècle. II nous a semblé intéressant d'en faire une petite publication.

1) Denier uniface à l'ange (fig. 1) : 15 exemplaires.
Ange portant une croix et marchant à gauche ; autour, cercle perlé. Les poids par ordre croissant sont de : 0,28 g, 0,33 g (2 ex.), 0,36 g, 0,37 g (2 ex.), 0,38 g, 0,39 g (2 ex), 0,40 g (2 ex.), 0,41 g (3 ex.), 0,43 g.
EL 315
II s'agit d'un type de bractéate courant émis à Strasbourg entre 1296 et certainement avant 1336.

2) Denier biface à l'ange (fig. 2) : 2 exemplaires.
II s'agit d'une variété extrêmement rare du type précédent. identique par son avers. Par contre, le revers laisse apparaître une effigie très stylisée d'évêque. Sur une des deux monnaies on distingue nettement une croix à la place de la crosse représentée sur l'exemplaire Nessel p. 138, n° 153 (fig. 3).
Ces deux pièces pèsent chacune 0,32 g.
Nessel cf. p. 138, n° 153 ; Ehr/Ling p. 15, n° 9 ; Buchenau cf. n° 23a.
Le denier à l'ange s'inspire de monnaies strasbourgeoises épiscopales émises pendant la période dite des « Hohenstaufen » de 1138 à 1284 (voyez Nessel p. 46, n° 14-15 (fig. 4) et p. 108-109 pour les avers).
Nous ne savons pas pour quelles raisons l'on trouve conjointement des deniers d'un même type, unifaces et bifaces.

Avant de poursuivre, il nous paraît intéressant de faire un petit rappel chronologique des événements numismatiques strasbourgeois qui ont marqué cette période :

- 1296 : L'évêque Conrad de Lichtenberg cède son droit de monnayage pour une durée de 4 ans à Nicolas Zorn, Hugues Wirich et plusieurs autres nobles.
- 1298 : L'évêque renouvelle pour une période de 10 ans la concession faite du droit de battre monnaie au magistrat de la ville.
- 1306 : le nouvel évêque Jean de Dirpheim cède pour 10 ans son droit de monnayage au magistrat de Strasbourg et par moitié aux nobles de Kageneck, de Müllenheim, de Dürningen et de Roppenheim.
- 1309 : Jean de Saarwerden, Reichvogt (« prévôt ») de I'Ortenau, cède à la ville de Strasbourg, pour une période de six ans, le droit de battre monnaie dans les deux villes de Gengenbach et d'Offenbourg, en accord avec celles-ci.
Remarque : par le passé, on n'avait frappé que sporadiquement des monnaies à Gengenbach mais cet atelier ne sera pas réouvert. Quant à Offenbourg, Cahn (Die Reichsmünze zu Offenburg) pense qu'on y avait frappé tous les deniers présentant au revers un portrait d'empereur (qui se rencontrent dans la proportion d'environ 20 % par rapport aux deniers représentant un évêque). Cette hypothèse, bien qu'elle nous semble plausible, ne nous paraît pas absolument convaincante. Notons cependant que les coins étaient obligatoirement fournis par l'école de gravure de l'atelier épiscopal de Strasbourg. Quoiqu'il en soit, cet atelier fonctionnera pour la ville de Strasbourg de 1309 à 1316 ; après cette dernière date, il cessera définitivement de fonctionner.
- 1318 : L'évêque Jean de Dirpheim fait cession pour une durée de dix ans de son droit de battre monnaie à Henri et Burcard de Müllenheim.
Le magistrat de Strasbourg décrète la nomination de Nicolas Zorn aux fonctions de maître de la monnaie pour les 10 ans que durera la concession. Goetz de Grostein est nommé aux mêmes fonctions (1319-22).
- 1319 : Cession de la moitié du droit de battre monnaie par les Zorn et Müllenheim au magistrat de Strasbourg.
- 1334 : L'évêque Berthold de Bucheck autorise pour une durée de 4 ans le magistrat de Strasbourg à battre monnaie en son nom.
En résumé, à partir de 1296, l'atelier monétaire établi à Strasbourg n'est plus épiscopal ; il n'est cependant pas encore municipal car il appartient toujours à l'évêché et d'autre part, il est loué par l'évêché à des bailleurs dont la ville sera une composante de plus en plus importante. C'est en 1334 que la ville de Strasbourg deviendra locataire à part entière, mais l'évêque sera toujours propriétaire.
Bien des conflits surgiront par la suite notamment avec les « Husgenossen » (la corporation des monnayeurs).

II semble donc que l'on ait totalement changé la forme des monnaies émises à Strasbourg à partir de 1296. On a coutume de considérer que l'apparition du cercle perlé est ce changement radical et que le denier à l'ange inaugure cette nouvelle ère de monnayage. II nous semble opportun de formuler ici une réserve. On attribue à Conrad de Lichtenberg (évêque de 1273 à 1299) la dernière monnaie purement épiscopale frappée à Strasbourg et représentant à l'avers un lion (emblème de l'évêque) et au revers un buste d'évêque ou un buste d'empereur (Nessel p. 133-134, no 146-150). Ces monnaies ont un cercle plein et se rapprochent déjà beaucoup de par leur forme des pfennig qui vont suivre. Mais l'on connaît un denier au lion avec un cercle perlé (Nessel p. 134, no 151 et J. Weber, « La Trouvaille de Montbronn » dans Notices de Numismatique Alsacienne, 1939, p. 40, n° 26, ainsi que Luschin von Ebengreuth, Ein Fund von Strassburger Pfenningen aus Ungarn, 1906, pl. II, no 1 et 2). On pourrait penser que le denier au lion dans un cercle perlé serait la première monnaie de transition frappée à partir de 1296 reprenant ainsi le type de Conrad de Lichtenberg avec le lion dans un cercle plein. Ceci nous paraît peu probable en raison du fait que dans la trouvaille de Hongrie, décrite en 1906 par Luschin von Ebengreuth, il y avait deux deniers « au lion dans un cercle perlé » (type extrêmement rare) avec des deniers « antés » (plusieurs centaines) et absolument aucun denier « à l'ange ». Si les deniers « au lion dans un cercle perlé » avaient été frappés dès 1296, nous devrions être en présence de deniers « à l'ange ». Si l'on veut admettre, ce qui semble logique, que le denier « au lion au cercle plein » appartient à Conrad de Lichtenberg, celui avec un cercle perlé constitue un type indépendant et postérieur.
La numismatique alsacienne est malheureusement faite d'un grand nombre de telles contradictions et beaucoup d'énigmes restent encore à élucider.

3) Denier uniface à i'aigle (fig. 5) : 1 exemplaire.
Aigle de face, les deux serres à l'horizontale ; autour, cercle perlé.
Poids : 0,37 g.
EL pl. XXXII, 5 ; Nessel p. 135, fig. C (fig. 6) ; Wielandt pl. 1,4
II s'agit d'une émission de la municipalité de Strasbourg, réalisée à Offenbourg entre 1309 et 1316.
Ce type dérive du denier à l'ange. II a vraisemblablement été spécialement adapté pour l'atelier d’Offenbourg. II doit cependant être précédé par le type dit à « I'ange-aigle » où les pieds de l'ange ont été remplacés par une queue d'aigle à deux ou trois rémiges (EL pl. XXXII, fig. 2 et 7 - Nessel p. 135, fig. B). (fig. 7)

4) Denier biface aux deux aigles affrontés (f ig. 8) : 1 exemplaire.
Deux aigles se faisant face ; entre eux, une étoile et autour, cercle perlé. Au revers, on distingue quelques éléments d'une effigie : il s'agit d'un évêque à g. avec une croix devant le buste.
Poids : 0,34 g.
Nessel cf. p. 12, 26 (fig. 9) ; von Stumm cf. p. 25, no 54 ; Ehr/Ling cf. p. 27, no 27 ; Wielandt cf. pl. 1,9 ; Buchenau 32.
L'attribution à Haguenau repose sur le fait que ce type s'inspire d'un denier de cette ville avec un oiseau et un aigle séparés par une rosace (Nessel p. 12, no 25 [fig. 101). Nous ne pensons cependant pas qu'il s'agisse d'une émission réalisée à Haguenau, d'abord parce que le type en est quelque peu différent et d'autre part parce que le revers de notre exemplaire avec un buste d'évêque, nous impose de classer cette monnaie dans une série épiscopale ou semi-épiscopale. Nous pensons donc que cette émission est à ranger avec les autres types de monnaies frappées par Strasbourg au début du XlVe siècle. Le fait qu'au revers se trouve la représentation d'un évêque nous fait écarter la possibilité d'en attribuer la frappe à l'atelier d'Offenbourg.
Le seul exemplaire biface à ce type a été publié par Buchenau (n° 32) qui propose de l'attribuer à Seltz.
A. Cahn (vente 78, Francfort 15 sept. 1932, n° 1439) attribue une monnaie identique mais uniface, aux comtes d'Eberstein.
A notre connaissance, il existe deux variétés d'avers, I'une avec une étoile et l'autre avec une petite croix entre les deux aigles.

5) Denier uniface à l'église (fig. 11) : 1 exemplaire.
Portail d'église entre deux croix ; en-dessous, trois globules et autour, cercle perlé.
Poids : 0,36 g.
von Stumm n° 50 ; Ehr/Ling p. 19, n° 15 ; Buchenau n° 30 ; Wielandt pl. 1, n° 5.
Cette monnaie est attribuée à l'abbaye de Wissembourg, début du XlVe siècle. Cette attribution n'est pas certaine, il pourrait s'agir de Spire. Nous avons relevé une certaine représentation analogue à la monnaie publiée par Braun von Stumm, Die Münzen der Abtei Hornbach, pl. IV, no 49 (voir aussi n° 48) et attribuée à Spire (H. Ehrend, Speyerer Münzgeschichte, p. 122, n° 54). Cependant, H. Ehrend n'a pas intégré ce denier dans sa classification des monnaies de Spire (op. cit.).
L'exemplaire de la trouvaille de Lingenfeld (Ehr/Ling p. 19, n° 15) aurait été refrappé sur un denier à l'ange. II semble que notre exemplaire soit également refrappé sur une ancienne monnaie sans que nous soyons pour cela en mesure d'en préciser le type.

On connaît également de ce pfennig un exemplaire biface, unique semble-t-il (vente A. Cahn, Francfort, 15 sept. 1932, no 1050), attribué à Spire par l'auteur de la vente.

Conclusion

L'usure générale des monnaies ne nous permet pas de prendre en considération les poids pour une détermination précise de la datation de ces exemplaires, mais nous fait penser que ces monnaies ont circulé plusieurs années après leur émission. L'absence dans ce lot de denier « au lis » nous fait envisager une date d'enfouissement se situant entre 1320 et 1330, avec une période de frappe s'établissant vraisemblablement entre 1296 et 1320.
Le fait que le denier aux aigles affrontés » soit biface et présente un portrait d'évêque permet aujourd'hui de rejeter de façon catégorique l'attribution traditionnelle de ce type à Haguenau.
En ce qui concerne l'existence simultanée de deniers unifaces et bifaces pour un même type de monnaies, nous ne sommes pas en mesure de fournir d'explications. Nous pouvons cependant considérer que ces monnaies forment un ensemble et, même si elles ne sortent pas du même atelier, elles sont toutes de I' « école strasbourgeoise ».
On pourrait également envisager que toutes ces variétés de types monétaires soient les témoins de diverses périodes de location du droit de monnayage concédé par les évêques strasbourgeois entre 1296 et 1334 à des bailleurs parmi lesquels la ville, qui a pris une part de plus en plus prépondérante.


bracteates alsaciennes


BIBLIOGRAPHIE

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Buchenau BUCHENAU, Zwei Pfälzer Münzfunde des 14. Jahrhunderts. A. Münzfund von Niedergailbach bei Zweibrücken, 1918.
Burgun/Gehrlein R. BURGUN et P. GEHRLEIN, Le trésor de Balbronn, mss, 1978.
Cahn J. CAHN, "Die Reichsmünze zu Offenburg", Zeitschrift für die Geschichte des Oberrheins, 12, 1927
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Nessel X. NESSEL. Beitrage zur Münzgeschichte des Elsass besonders der Hohenstaufenzeit, Francfort/Main, 1909
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J. WEBER, « La Trouvaille de Montbronn, bractéates des Xllle et XlVe siècles » Notices de numismatique alsacienne, Ile fasc., 1939.
Wielandt F. WIELANDT, "Zwei strassburgisch-pfälzische Pfennigfunde aus dem Spät-mittelalter. 1. Fund : Strassburger und offenburger Pfennige zu Wintersdorf. 2. Fund : Der spätmittelalterliche Fund von Rotenfels", Zeitschrift für die Geschichte des Oberrheins, 106, 1958.

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